Bertrand Duboux et Roger Pingeon 12 Décembre 2012


L'hommage de Pingeon à De Gribaldy [12 décembre 2012, source jeanpaulbrouchon.fr]

Vingt cinq ans déjà ! C’était le 2 janvier 1987 : Jean de Gribaldy disparaissait dans un accident de voiture du côté de Voray-sur-l’Ognon dans sa 65ème année.


Un gros titre en une de beaucoup de journaux, tant le personnage était populaire. Un choc au lendemain du Réveillon. Le drame d’une famille, mais aussi celui de tout un milieu où il évoluait comme un poisson dans l’eau : celui du cyclisme. Un monde de passionnés qui vouaient au Vicomte de Besançon une admiration et une amitié profondes. J’étais de ceux-ci et je me souviens qu’au retour de vacances, la manchette de La Suisse, à la sortie de l’aéroport de Genève-Cointrin, m’avait bouleversé, tant l’ami Jean dégageait une chaleur humaine à nulle autre comparable.

S’il était un découvreur de talents (Agostinho, Kelly, Laurent, Beucherie, Bittinger, Pelier, Richard), s’il a donné leur chance à beaucoup de laissés pour compte (Tinazzi, Leclercq, Grezet, Rooks), « De Gri » était aussi l’homme des causes perdues, celui qui se donnait le défi de relancer la carrière de certains coureurs en mal d’équipe. Ce fut notamment le cas de Jean Jourden, l’ancien champion du monde amateur, et aussi celui de Roger Pingeon, le vainqueur du Tour de France 1967, encore deuxième en 1969 derrière Merckx, mais accablé ensuite par des déboires et des ennuis de santé qui l’avaient mis sur le flanc.

Jean avait un surnom, "le Vicomte", "qu’il méritait largement, dit Pingeon. C’était un gentleman comme il n’y en a plus beaucoup ! Même à l’époque, il n’y en avait pas beaucoup. Toujours souriant, toujours d’humeur égale, que son équipe ait perdu, que son premier coureur soit cinquantième du général ou de la course : il avait toujours le sourire. Moi, il m’a relancé en 1973. Il m’a appelé quand la saison était presqu’entamée, vers le 20-25 janvier. Je n‘avais pas touché le vélo depuis six mois, ni fait aucune activité sportive depuis mon arrêt total chez Peugeot lors de l’étape pyrénéenne du Tour, en juillet 1972. Donc, j’étais près de 82 kilos. J’avais sept-huit kilos à perdre. C’était un coup de folie ! Car il lui manquait un leader pour sa nouvelle équipe Rokado. Il m’a remis en selle, il m’a remonté le moral. « Mais tu te rends compte, tu as encore deux-trois bonnes saisons à faire. Tu t’es arrêté trop tôt. » Il était tellement persuasif qu’il a réussi à me persuader ! Alors j’ai attaqué une galère terrible avec un gros handicap de poids. Je me rappelle la première fois que je suis allé rouler avec l’équipe Rokado, avec les Belges, autour d’un lac dans la banlieue de Bruxelles. Ils roulaient déjà à 40-42-43 de moyenne. Moi qui reprenais le vélo avec trois cents kilomètres au compteur, je me suis fait jeter après trois tours. Je n’y suis plus retourné. Je me suis entraîné tout seul, j’étais obligé, et j’ai commencé la saison avec un bon mois de retard. Et cela a été une année « blanche » car, manque de pot, alors que je revenais en condition à mi-mai, je me suis cassé le bassin au Tour d’Espagne et ma saison a été foutue".

"Il faisait avec de petits moyens. J’ai entendu beaucoup de choses sur son compte, que parfois il payait les coureurs avec de l’électro-ménager au lieu de donner des sous mais je ne l’ai pas vérifié car il n’a pas eu à me verser de primes de victoire ! Sur beaucoup de points, il était en avance sur son temps. Il avait sa théorie de faire courir ses gars le maximum. « Car, disait-il, quand ils sont à la maison, ils ne font plus le métier ! » C’est vrai qu’il avait raison car le coureur qui est en course est encadré par son directeur sportif, le soigneur, le masseur, le mécano. Il est obligé d’aller rouler, de s’entraîner, de se reposer alors qu’une fois qu’il rentre à la maison, sans parler d’exagérer avec son épouse ou sa copine… Il n’ira peut-être pas s’entraîner s’il ne fait pas beau. Il a tendance a tout remettre au lendemain. Et beaucoup lui reprochait ce système-là. Moi j’en garde un très bon souvenir. »

Pour marquer ce triste anniversaire et honorer la mémoire de Jean de Gribaldy, une plaque à son nom sera dévoilée en présence de son fils Christian par M. Jean-Louis Fousseret, Maire de Besançon, en façade de l’ancien magasin, 18 Place de la Révolution, lundi 2 janvier prochain. Le rendez-vous est fixé à 17 heures, Place du Marché, à Besançon.

Bertrand Duboux



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