Jean-Pierre Douçot Mars et Octobre 2006
Conteur
J’ai fait des kilomètres et des kilomètres avec lui en voiture. C’est pendant ces trajets qu’il nous racontait ses histoires. C’était souvent les mêmes mais c’était un conteur extraordinaire. On aimait l’écouter.

Anti-diplômes
A douze ans, il a subi une forte fièvre pendant cinq-six jours. Le médecin ne donnait pas cher de sa peau. Il s’en est tiré et il m’a raconté que quand il s’est réveillé, ses cheveux, raides avant sa maladie, sont devenus ondulés, crantés.


A cheval sur le régime
C’était un autodidacte. Il avait senti dès le début des années 60 l’importance du régime alimentaire pour les coureurs, même pendant l’intersaison. Il était très sévère là-dessus. Il a aussi compris avant les autres que la coupure hivernale ne devait pas être trop longue.

Les critères de Jean de Gribaldy
Jean de Gribaldy tenait beaucoup au début de saison. Il répétait que le mois de février et ses multiples courses sur la côte méditerranéenne suffisaient pour former un pro. A cheval sur la diététique, il demandait à ses coureurs d’être affûtés quand les autres équipes affichaient dix kilos de trop sur la balance. Il faisait peser par ses soigneurs tout ce que les coureurs mangeaient. Autre critère, la femme du coureur. Ceci explique peut être le discours qu’il a tenu à Kelly quand il l’a embauché : « En France, les coureurs se marient à 21 ans, ont un gosse à 22 et une maison à 23. Et leur carrière passe après tout ça. Toi si tu veux, tu fais l’inverse. »

On l’admirait
C’est lui qui a relancé le vélo en Franche-Comté au tout début des années 60. Il a monté sa première équipe d’indépendants avec des Franc-Comtois et des Suisses. Quand j’ai débuté, il nous emmenait faire du ski à Megève, alors que je sortais de ma campagne. Quand nous sommes arrivés, toutes les chambres étaient prises. Nous avons dormi dans les couloirs mais on s’en foutait. On l’admirait, Monsieur de Gribaldy. Il nous emmenait courir les classiques parisiennes. Mais c’était une faveur qu’il fallait mériter. Avant de partir avec lui le samedi midi, on avait déchargé toute la semaine des camions de frigos italiens ou de télévisions Grammont pour son magasin.

«J’ai une course à faire»
«Tu fais quelque chose là ?» «Non» «Tu veux me conduire, j’ai une course à faire» «Oui» Et me voilà rendu à rouler vers la Belgique pour aller chercher des cadres ou vers l’Italie pour aller chez Campagnolo.

Généreux
Il était très généreux. C’est parce qu’il était généreux qu’il a fait passer pro plein de coureurs, pour leur donner une chance. Certaines années, il a vendu des parcelles de la ferme familiale pour boucher les trous et faire tourner son équipe.

Vous trouverez au moins cent personnes qui pourraient parler de Jean De Gribaldy. Seuls quelques-uns se sont inspirés de son génie. Fallait-il avoir eu, comme lui, la chance d'avoir à diriger des hommes qui avait choisi de faire du cyclisme leur passion ?

Certains disent qu’il était capable du pire, moi je n’ai connu que le meilleur. »


N.B : Amateur 1ère catégorie, Jean-Pierre Douçot a couru dans des équipes de Jean. Puis il a été mécanicien dans ses équipes professionnelles. Il est aujourd’hui directeur sportif du CC Etupes.


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