Jean-Marie Leblanc Avril 1986
Sacré Vicomte ! (Editorial de Vélo Magazine, N° 209, avril 1986)

Depuis la retraite de Maurice De Muer et de le départ de Raphaël Géminiani pour une équipe colombienne, il est le seul rescapé de la vieille génération des directeurs sportifs. Aujourd’hui, évoluant au milieu des « jeunots », les Bazzo, les Legeay, les Thévenet, les Guimard, les Koechli, Jean de Gribaldy fait effectivement figure de grand oncle, mais nous ne sommes pas certain qu’il n’en éprouve pas une intense jubilation intérieure. Lui jadis le petit, le pestiféré, le grignoteur de maigres budgets, l’instigateurs d’équipes brinque-ballantes, s’attendait peut être à tout sauf à diriger un jour le meilleur coureur du monde, à gérer l’une des plus riches formations, et à faite l’objet d’un édito de Vélo.

Et pourtant, il en est là, le bougre. Sans avoir rien changé de ses méthodes, ni rien renié de ses convictions. Archaïque il est resté : pendant que Paul Koechli pianote un ordinateur le programme de Lemond, lui pose de l’ouate thermogène sur la poitrine de Kelly pour soigner sa bronchite. Marginal il demeure : il est le seul à ne pas faire partie de l’AC 2000, l’association des sponsors et directeurs sportifs français qui s’efforce de faire contrepoids à la Fédération, au sein de la Ligue professionnelle.

Ceux qui ne l’aiment pas lui reprochent d’être complètement anachronique, de changer de commanditaire et de maillot tous les ans, depuis les années soixante, de bricoler plutôt que de construire carrément, d’agir au bluff et à l’approximation, pour masquer ses faiblesses. Les jaloux assurent, devant sa réussite tardive, qu’il joue sur du velours avec un chef de file de la trempe de Sean Kelly, et ils s’agacent qu’on ne cite pas ses échecs de recrutement aussi souvent que ses succès.

Mais Jean de Gribaldy n’en a cure. Il suit, comme Brassens, son chemin de petit, bonhomme, en n’écoutant ni les critiques ni les sarcasmes. Il sait que Kelly, c’est lui qui est allé le chercher en Irlande, il sait qu’Agostinho, Laurent, Caritoux hier, Pelier, Muller, Richard aujourd’hui, c’est lui. Il sait qu’il n’est pas un thaumaturge comme Guimard, un scientiste comme Koechli, et qu’il se range plutôt parmi les « rudimentaires ». Mais il sait aussi que son bon sens de maquignon franc-comtois et son instinct d’ancien coureur patiné par le temps, sont plus fiables que les célèbres avions renifleurs.

Alors il va, non sans fierté, sur ses soixante-quatre ans et sur la voie royale de l’honorabilité. Sous sa carapace de condottiere, bronzée et plissée de rides, bat un cœur. On peut dire tout ce qu’on veut, qu’il est bonimenteur, et qu’il n’a somme toute que de la veine, Jean de Gribaldy a au moins l’immense mérite d’aimer. Le vélo, les coureurs. C’est au fond un personnage à prendre comme une auberge espagnole, en sachant que l’on y trouve ce que l’on veut bien y trouver. Pour l’heure, Kelly et lui sont les caïds du début de saison. Cela valait bien ;qu’on tâche dans ce numéro, de percer les secrets de cet ineffable vicomte, prince des funambules…



Cliquez ici pour lire la chronique du livre « Jean de Gribaldy, la légende du Vicomte » signée Jean-Marie Leblanc




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