Barry Ryan Novembre 2017
Extrait du livre « The Ascent : Sean Kelly, Stephen Roche and the Rise of Irish Cycling's Golden Generation » de Barry Ryan.

Fin janvier, Roche prend le ferry de Rosslare pour assister au dévoilement du parcours du Paris-Nice 1982, et plus tard à la présentation de son équipe Peugeot, où il prend possession d'une nouvelle voiture de fonction.

Sean Kelly s'attarde un peu plus longtemps en Irlande avant de rejoindre sa nouvelle équipe. Sem-France Loire, sponsorisé par une entreprise de mobilier de jardin*, était une petite formation avec des moyens modestes, mais elle détenait une carte maîtresse ; Jean de Gribaldy était le directeur de l’équipe.

Contrairement au précédent séjour de Kelly chez Flandria, où de Gribaldy occupait déjà un poste de manager, le Vicomte supervise toute l'opération à Sem, et il se délecte de la construction d'une identité subversive au service d’une équipe qu'il considère comme une extension de lui-même. Son ascendance aristocratique, affirme-t-il, avait provoqué «autant d'agitation dans le milieu du cyclisme que des cyclistes en auraient provoqué à l'Opéra de Paris ». Si Peugeot et Renault étaient des équipes de l'establishment, récupérant régulièrement les meilleurs jeunes coureurs amateurs en France comme si elles construisaient un portefeuille d'actions, alors Sem, de Gribaldy en avait décidé ainsi, serait la maison d’accueil ouverte aux outsiders et aux laissés pour compte. Le line-up de 1982 comptait plusieurs coureurs qui n'avaient pas réussi à trouver une place ailleurs, dont Marcel Tinazzi, qui avait eu maille à partir avec Peugeot, et Jock Boyer, premier Américain à participer au Tour de France, dont le régime végétarien et la foi religieuse avaient fait un paria chez Renault.

Une équipe ne peut pas fonctionner seule, bien sûr. De Gribaldy avait besoin d'un leader, et lors du Tour 1981, il confie à Tinazzi et au champion de France Serge Beucherie la mission de persuader Kelly de revenir au bercail. Compte tenu de l’ambiance dissonante chez Splendor, la cour du Vicomte semblait tentante. «Nous marchions bien à l'époque, Serge et moi, et Sean voulait savoir pourquoi, et nous lui avons juste dit: « Tu sais comment c'est avec de Gribaldy, il a ses secrets », dit Tinazzi. "A la fin du Tour, Sean a finalement dit : " Ok, je reviendrai avec de Gribaldy l'année prochaine. "

Les « secrets » de Jean de Gribaldy étaient un mélange d'idiosyncrasie * et de bon sens, et certains seront même dépoussiérés des décennies plus tard et rebaptisés, comme s’ils venaient d’être fraîchement découverts, sous le néologisme risible des « gains marginaux ». Le poids restait sa principale préoccupation. « Son raisonnement était qu'en Formule 1, on dispose de moteurs de 800 chevaux mais on rabote encore les boulons juste pour économiser 20 grammes, alors imaginez ce qu'un cycliste pourrait faire s'il perdait trois kilos", dit Tinazzi. Kelly s'était détourné du régime de Jean de Gribaldy chez Splendor, mais au début de 1982, il a commencé à recouvrer la raison. Il semblait devenir plus mince de jour en jour.
"Je pesais probablement trois ou quatre kilos de plus quand j'ai commencé chez les professionnels. A partir du moment où j’ai été avec de Gribaldy, chez Flandria, j'ai commencé à perdre ce surpoids, et son plan était que j'allais continuer à en perdre plus encore si je restais avec lui ", dit Kelly. "Mais au lieu de cela, bien sûr, je suis parti chez Splendor, et on peut dire que j'ai perdu un peu de temps là-bas ... De Gribaldy ne cessait de me dire que j'embarquais trop de poids avec moi pour franchir correctement les sommets. Oui, ça, il me l’a lancé à la figure quelques fois. "
En dépit d’un budget limité, de Gribaldy avait aussi un œil attentif sur l'équipement, bien que sa plus grande force fût sans doute son sens de la psychologie. Il a bravé les conventions en refusant d'organiser des séances tactiques de briefing le soir à l'hôtel, estimant que ses coureurs avaient besoin de se détendre plutôt que de s'inquiéter de la course du lendemain. A l’instar de Brian Clough à Nottingham Forest, ses instructions étaient limitées à quelques mots sur la ligne de départ. « Quand tu allais bien, il venait vers toi et il disait « Aujourd'hui, je veux que tu roules avec les petites roues ». C'est ainsi qu'il appelait les roues légères : « les petites roues », et il faisait monter les roues légères sur le cadre 30 secondes avant le début de la course » explique Tinazzi. « Cela signifiait que la nuit précédente, nous n’étions pas restés éveillés à ressasser ce qui nous incombait »".

À plus long terme, de Gribaldy n'hésitait pas à cependant exercer une légère pression sur certains coureurs, et il tenta de convaincre Kelly qu'il pourrait gagner Paris-Nice dès la signature de son contrat avec Sem aux Championnats du monde de 1981 organisés à Prague. Au cours de l'hiver et au début du printemps, de Gribaldy a forgé chez lui les principes jumeaux de sa méthodologie : en substance s’entrainer beaucoup et manger peu.
La motivation, d'autre part, provenait en grande partie de ce que Roche avait réalisé dans la même course l'année précédente. On peut se demander si la mutation de Kelly en 1982 et 1983, du sprinter au cycliste tout-terrain, des espoirs déçus devenus suprématie, a été davantage façonnée par l'influence de Gribaldy ou par l'émergence de Roche.

« Si je devais vous dire la vérité, c’est certainement la performance de Roche qui m'a le plus guidé », dit Kelly. Kelly n'aurait probablement pas adhéré aussi facilement au projet de Jean de Gribaldy concernant Paris-Nice si son compatriote n'avait pas déjà planté le drapeau irlandais au sommet du col d'Èze. « Ça te motive un peu plus parce qu'il est irlandais, si c'était quelqu'un d'autre, ça n'aurait certainement pas été pareil, mais en même temps, je pense que de Gribaldy m'aurait certainement poussé et encouragé ».
Roche a peu de doute sur son rôle de catalyseur dans la transformation de Kelly. « Je me sens partiellement responsable, sans être prétentieux, du second souffle de la carrière de Sean », dit-il. « Kelly gagnait des étapes du Tour de France et faisait de bonnes choses mais quand je suis arrivé, il a changé son profil. Sean se dévalorisait beaucoup en se considérant comme un coureur de classiques et de vainqueur d’étapes, et puis ce gars de Dublin débarque et commence à gagner pas mal de courses. Et là Kelly se dit : « Mince, je ferais mieux de me bouger les fesses, sinon Roche va attirer toute l’attention ».

Une victoire de Kelly sur un vallonné Tour du Haut-Var à la fin du mois de février est une première confirmation de la grande idée de Jean de Gribaldy, même si Kelly n’est pas considéré comme l'un des favoris à l’entame de Paris-Nice. L'organisation de la course a vendu cette année-là le départ de la course à la ville belge de Luingne, mais les principes de base restent inchangés, les coureurs abordant des terrains de plus en plus accidentés, avec au menu du vent, de la pluie et de la neige sur la route les menant vers la Côte d'Azur. La première sélection majeure a lieu durant l’étape enneigée de Saint-Étienne, où Kelly bat aisément Roger De Vlaeminck au sprint pour décrocher le maillot blanc de leader. Et même s'il a conforté son avance grâce à une autre victoire d'étape deux jours plus tard, tout le monde s’attend à ce que le coéquipier de Roche, Gilbert Duclos-Lassalle, l’emporte au terme de la dernière étape du Col d'Èze.

Duclos-Lassalle, qui a probablement estimé qu'il a déjà fait le plus dur en battant Roche, Phil Anderson et les autres pour relever le défi chez Peugeot, n'a pas eu à attendre longtemps pour mettre la main sur le maillot blanc. L'après-midi suivant, Kelly attaque en descendant le Col du Tanneron, lessivé toute la journée par des trombes de pluie glacée. Presque inévitablement, Kelly et Duclos-Lassalle glissent sur la route, mais au milieu de la confusion, le Français s'empare d'un petit avantage. Il atteint Mandelieu avec cinq secondes d'avance sur Kelly juste avant les deux demi-étapes du lendemain.
Kelly a complété son triplé en remportant le sprint le long de la Promenade des Anglais le matin, avant que de Gribaldy ne l'éloigne des regards indiscrets et des micros distrayants pour s’échauffer pour le contre-la-montre du Col d'Èze. Alors que Kelly pédale sur un home-trainer à l'extérieur d'un café tranquille près du départ, Roche est déjà sur le parcours. Douze mois auparavant, privé de peur et d’espoir, il avait fait des étincelles sur ces pentes peu prononcées. Cette fois-ci, il a exercé les mêmes gestes lourds à chaque coup de pédale que l'an dernier pour terminer finalement 6e au classement général, et seulement 14e sur une étape où il était pressenti comme vainqueur possible. La seule consolation, peut-être, est qu'il est le seul homme au sein de Peugeot à réaliser pleinement la menace que représente Kelly dès le début de la course. "Personne ne peut dire ce qu'il peut ou ne peut pas faire", avait-t-il prévenu au début de la semaine.

Duclos-Lassalle part une minute après Kelly et a l'avantage apparent de recevoir des mises à jour régulières sur le temps de son adversaire. De Gribaldy ordonne à son coureur de partir à toute vitesse dans l'espoir que Duclos-Lassalle se porte rapidement au point de rupture en essayant de se caler sur le rythme de l’Irlandais. Le stratagème fonctionne. Porté par le maillot rose du leader aux points, Kelly n'est pas dérangé par le temps frais et pluvieux sur les pentes inférieures du col d'Èze, creusant rapidement une avance décisive, de Gribaldy le cajolant tout au long du parcours. Arrivé au sommet, Kelly n'a pas seulement rattrapé Duclos-Lassalle, il a également remporté l’étape. Pour la première fois, un coureur gagne ainsi les deux étapes le dernier jour de course. La victoire de Paris-Nice devient une carte de visite, à la fois pour Kelly et pour de Gribaldy. Dans « Le Monde », le journaliste chevronné Jacques Augendre souligne « la volonté de gagner » de la jeune équipe jeune Sem-France Loire et de son leader. « C'est une vertu qui devient de plus en plus rare dans un peloton menacé d'embourgeoisement».

Les mœurs de la classe ouvrière ne suffisent néanmoins pas à Kelly et à l’équipe Sem pour marquer les classiques en 1982. Une série de crevaisons ruinent son Paris-Roubaix, et une 12e place est sa meilleure performance dans une campagne d'avril décevante. La trajectoire ascendante reprend en juillet, alors que pour la première fois de sa carrière, Kelly se présente au Tour de France motivé par un objectif précis plutôt que perturbé par de vagues ambitions. Deux ans plus tôt, il avait, presque sans le savoir, terminé 2e au classement par points, et désormais son directeur sportif souhaite qu'il fasse un effort concerté et résolu pour remporter ce classement. De Gribaldy se plie à une formule incontournable empruntée à AJ Liebling* : « Kelly peut grimper mieux que n'importe qui pouvant sprinter plus vite, et peut sprinter plus vite que n'importe qui pouvant mieux grimper ». Kelly prend la deuxième place à cinq reprises sur des étapes plates, et l’emporte ensuite à Pau, issu d’un groupe réduit et après avoir survécu à l’imposant Col d'Aubisque en compagnie de Bernard Hinault, qui s’achemine tout droit vers une quatrième victoire au classement général à Paris ».

Kelly remporte le maillot vert bien avant d'atteindre Paris, entrant sur les Champs-Élysées avec presque le triple de points que le deuxième, Hinault. Il passe ensuite une grande partie du mois d'août à traverser la France, la Belgique et les Pays-Bas pour participer à des critériums, où il est en mesure d’exiger certains des cachets les plus élevés en écho à ses performances dans le Tour. De Gribaldy reste un payeur parcimonieux, après tout, et chaque soir, Kelly enfile son maillot vert, fait le show pour le public et fait gonfler ses gains annuels.

Le premier week-end de septembre, Kelly passe à un maillot d’une autre nuance de vert, lorsqu'il s’aligne aux Championnats du monde à Goodwood aux côtés de Roche, dans l'équipe irlandaise composée de deux coureurs seulement. Sa constance toute au long de l'année en fait un favori, et bien que le circuit épuisant des critériums ne soit pas la meilleure préparation, il ne peut dissimuler sa confiance tranquille lors de son arrivée dans le West Sussex. "Je suppose que je n'ai jamais assisté à un championnat du monde aussi relevé", concède Kelly. "Le parcours est difficile, mais pas trop brutal ».

La stratégie irlandaise est simple. Roche va guider Kelly tout au long de la journée dans l'espoir que l'équipe italienne contrôle la course pour son plus rapide finisseur, Giuseppe Saronni. C'est, en gros, comme cela que la course s'est déroulés. Le seul écart au scénario est survenu au dernier kilomètre, lorsque l'attaque tardive de Jock Boyer a été bizarrement étouffée par son compatriote Greg LeMond. Cela a une faible incidence sur le résultat final, Saronni se frayant un chemin jusqu'à la ligne d'arrivée pour remporter la victoire au terme d’un sprint qui sera immortalisé chez lui « La fucilata di Goodwood » - « Le coup de feu de Goodwood ». Kelly a, à peine, l'énergie de riposter, et se classe troisième, derrière LeMond, qui a brulé toutes ses cartouches à la poursuite de Boyer.

Comme Saronni, les exploits de Kelly à Goodwood continueront à vivre dans son pays d'origine. Cet hiver-là, une place de Carrick-on-Suir est baptisée en son honneur suite à l’obtention de cette médaille, la première en Irlande depuis l'argent controversé de Shay Elliott * à Salò 20 ans auparavant. «Si je pouvais réduire la médaille de moitié, Stephen recevrait la moitié», déclare Kelly après la course.
Après une deuxième année éprouvante chez Peugeot, Roche apprécie la délicate intention.

* NDW : en réalité, SEM est une entreprise française d’engrais, implantée à quelques encablures de Besançon, fief de Jean de Gribaldy, et dirigée par Charles Monnot.

* NDV : l’idiosyncrasie recouvre les dispositions particulières d'un individu à réagir à un événement ou à un agent extérieur.

* NDW : Abbott Joseph Liebling, journaliste américain né en 1904 et mort en 1963, est un collaborateur régulier du magazine The New Yorker. Une de ses citations célèbres : « Je puis écrire mieux que quiconque écrit plus vite, et je puis écrire plus vite que quiconque écrit mieux. »

* NDW : Seamus « Shay » Elliott est le premier cycliste irlandais à avoir fait carrière sur le continent européen. Il a été durant la majeure partie de sa carrière un coéquipier de champions comme Jacques Anquetil ou Jean Stablinski. Il est le premier porteur irlandais du maillot jaune du Tour de France. Aux championnats du monde 1962 à Salò en Italie, il se trouve dans l'échappée décisive avec son ami Stablinski, son coéquipier dans le peloton professionnel. Elliott et Stablinski collaborent pour user les autres membres du groupe. Lorsque Stablinski attaque, Elliott ne participe pas à la poursuite et Le Stab s'impose en solitaire. Elliott attaque finalement à son tour pour prendre la médaille d'argent.

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The following is an extract from The Ascent : Sean Kelly, Stephen Roche and the rise of Irish Cycling's Golden Generation, published by Gill Books and available in hardcover and e-book format (http://bit.ly/ascent-amzn)

In late January, Roche took the ferry from Rosslare to attend the unveiling of the route of the 1982 Paris-Nice, and later the presentation of his Peugeot team, where he took possession of a new company car. Kelly lingered a little longer in Ireland before he travelled to link up with his new squad. Sem-France Loire, sponsored by a garden furniture concern, was a small outfit of modest means, but it held a trump card. Jean de Gribaldy was the team manager.
Unlike during Kelly's previous spell at Flandria, where de Gribaldy had effectively been a line manager, Le Vicomte oversaw the entire operation at Sem, and he revelled in building a subversive identity for a squad he saw as an extension of himself. His aristocratic ancestry, he claimed once, caused 'as much commotion in the cycling milieu as cyclists would in the Opéra de Paris'. If Peugeot and Renault were the teams of the establishment, routinely picking up the best young amateur riders in France as though building a stock portfolio, then Sem, de Gribaldy decided, would be a home for outsiders and the overlooked. The 1982 line-up featured several riders who had failed to settle elsewhere, including Marcel Tinazzi, who had struggled at Peugeot, and Jock Boyer, the first American to ride the Tour de France, whose vegetarianism and staunch religious faith had made him an outcast at Renault.
A team cannot run on ambience alone, of course. De Gribaldy needed a leader, and so during the 1981 Tour, he delegated Tinazzi and French champion Serge Beucherie to work on persuading Kelly to return to the fold. Viewed from the dissonant confines of Splendor, the Viscount's court seemed positively harmonious. "We were going well at the time, Serge and me, and Sean wanted to know why. And we just said, 'You know how it is with de Gribaldy, he has his secrets'", Tinazzi says. "At the end of the Tour, Sean finally said, 'Ok, I'll come back with de Gribaldy next year.'"

De Gribaldy's 'secrets' were a mix of the idiosyncratic and the common-sense, and some would even be dusted down decades later and rebranded, as though freshly discovered, under the risible neologism of 'marginal gains'. Weight remained his chief preoccupation. "His reasoning was that in Formula 1 they have 800-horsepower motors and they still shave down bolts just to save 20 grams, so imagine what a bike rider could do if he lost three kilos," Tinazzi says. Kelly had swayed from the de Gribaldy diet at Splendor, but in early 1982, Kelly began recouping the ground. He seemed to grow leaner by the day.
"I'd say I probably weighed three or four kilos more when I started as a professional. When I was with de Gribaldy at Flandria, I started losing that, and his plan was that I was going to lose a lot more if I stayed with him," Kelly says. "But instead I went to Splendor, of course, and you could say I lost a bit of time there. From the time I left Flandria, de Gribaldy kept saying to me I was carrying too much weight to get over the climbs. He threw that at me a few times."

Despite limitations of budget, de Gribaldy had a keen eye for equipment, too, though perhaps his greatest strength was as a psychologist. He eschewed convention by refusing to hold tactical briefings at night in the hotel, believing that his riders needed to relax rather than fret over the following day's race. Rather like Brian Clough at Nottingham Forest, his instructions were instead limited to a few words on the start line. "When you were going well, he'd come up to you there and he'd say 'Today, I want you to ride with the small wheels.' That's what he used to call light wheels: 'small wheels'. And then he'd have the mechanic pop the light wheels into the frame 30 seconds before the race started," Tinazzi says. "It meant that the night before we didn't lie awake dwelling on the responsibility of what we had to do."

In the longer-term, de Gribaldy was not averse to applying gentle pressure to certain riders, and he set about convincing Kelly that he could win Paris-Nice from the moment he signed his contract with Sem at the 1981 Worlds in Prague. Through the winter and early spring, de Gribaldy drilled home the twin tenets of his methodology, chiefly riding a lot and eating very little. The motivation, on the other hand, came largely from what Roche had achieved in the same race the previous year. It begs the question as to whether Kelly's mutation in 1982 and 1983, from sprinter to all-rounder, from misfiring prospect to dominant force, was moulded more by the influence of de Gribaldy or the emergence of Roche.
"If I was to tell you the truth, certainly Roche's performance did drive me on," Kelly says. He would likely not have bought as readily into de Gribaldy's Paris-Nice project had his fellow countryman not already planted the flag on the Col d'Èze. "It motivates you that bit more because he's Irish. If it was somebody else, it certainly wouldn't have been the same. But at the same time, I think de Gribaldy would definitely have been pushing me."

Roche has little doubt about his role as the catalyst for Kelly's transformation. "I feel partially responsible, without being pretentious about it, for Kelly's second wind in his career," he says. "Kelly was winning stages of the Tour de France and doing good things but when I came along, he changed his whole profile. Sean had himself down as being a classics rider and winning stages, and then this Dublin guy came along and started winning stage races so he said, 'Gee, I'd better get my finger out here, otherwise Roche will be taking all the limelight.'"

A win at the hilly Tour du Haut-Var in late February was an early vindication of de Gribaldy's grand idea, though Kelly was not considered among the main favourites when he lined up for Paris-Nice. The race organisation had that year sold the race start to the Belgian town of Luingne, but the basic premise remained unchanged, as the riders tackled increasingly rugged terrain, and wind, rain and snow en route to the Côte d'Azur. The first major selection came on the snowbound leg to Saint-Étienne, where Kelly comfortably beat Roger De Vlaeminck in the sprint to take the white jersey, but though he reinforced his lead with another stage win two days later, it was expected that Roche's Peugeot teammate Gilbert Duclos-Lassalle would snatch it off him on the final stage up the Col d'Èze.

Duclos-Lassalle, who probably felt he had already done the hard part by beating out Roche, Phil Anderson et al. to lead Peugeot's challenge, didn't have to wait that long to get his hands on the white jersey. The following afternoon, Kelly attacked coming down the Col du Tanneron, which had been washed all day by icy sheets of rain. Almost inevitably, both Kelly and Duclos-Lassalle slid off the road, but amid the confusion, the Frenchman clawed out a small advantage. He reached Mandelieu five seconds ahead of Kelly to move into the lead with just the final day's split stage to come.
Kelly completed his hat-trick of stage wins by claiming the sprint along the Promenade des Anglais at the end of the morning stage, before de Gribaldy dragged him away from prying eyes and distracting microphones to warm up for the Col d'Èze time trial. As Kelly sat pedalling on the rollers outside a quiet café near the start, Roche was already out on the course. Twelve months previously, bereft of fear or expectation, he had made light of those shallow slopes. This time around, he pedalled with the ponderous strokes of last year's man to finish 6th overall, but only 14th on a stage he was tipped to win. The lone consolation, perhaps, was that he was that he was the only man within Peugeot to realise fully the threat posed by Kelly from the outset. "Nobody can say what he can or cannot do," he warned presciently early in the week.

Duclos-Lassalle set out a minute after Kelly and had the apparent advantage of getting regular updates on his rival's time, and so de Gribaldy ordered his rider to set off at full speed in the hope that Duclos-Lassalle would push himself to the breaking point by trying to match his pace. The gambit worked. Wearing the lurid pink jersey of points leader, Kelly was unperturbed by the blustery conditions on the lower slopes of the Col d'Èze, quickly establishing a decisive lead, with de Gribaldy cajoling him all the way. Come the summit, Kelly hadn't merely overhauled Duclos-Lassalle, he had won the stage itself, the first time in history that a rider had snared both stages on the final day. Paris-Nice victory was a calling card, both for Kelly and for de Gribaldy. Writing in Le Monde, the veteran journalist Jacques Augendre singled out the 'will to win' of the youthful Sem-France Loire team and its leader: "It's a virtue that is becoming rarer and rarer in a peloton threatened by embourgeoisement."

Working-class mores alone weren't sufficient for Kelly or Sem to make an impression in the classics in 1982. A spate of punctures ruined his Paris-Roubaix, and 12th place there would be his best showing in a disappointing April campaign. The upward trajectory resumed in July, however, where for the first time in his career, Kelly entered the Tour de France guided by a precise target rather than muddled by vague ambitions. Two years earlier, he had, almost without realising it, finished 2nd in the points classification, and now his directeur sportif wanted him to make a concerted effort to win the competition outright. De Gribaldy had cottoned on to an incontrovertible formula: to borrow from AJ Liebling, Kelly could climb better than anyone who could sprint faster, and could sprint faster than anyone who could climb better. Kelly placed second a maddening five times on flat stages, but then won from a reduced group in Pau after surviving the mighty Col d'Aubisque in the company of Bernard Hinault, who was en route to a fourth overall victory. QED.
Kelly had the green jersey of points winner wrapped up long before he reached Paris, arriving on the Champs-Élysées with almost triple the points of the runner-up, Hinault. He then spent much of August driving across France, Belgium and the Netherlands to perform in criteriums, where he was able to command one of the highest appearance fees off the back of his displays at the Tour. De Gribaldy remained a parsimonious paymaster, after all, so each night, Kelly would don his green jersey, put on a show for the multitudes and pad out his yearly earnings.

On the first weekend in September, Kelly switched to a green jersey of a different hue, when he lined out alongside Roche in Ireland's two-man team at the World Championships in Goodwood. His year-long consistency meant that he figured among the favourites for the race, and though the exhausting criterium circuit was hardly the best preparation, he couldn't hide a quiet confidence on his arrival in West Sussex. "I suppose I have never attended a World Championships feeling so strong," Kelly conceded. "The course is hard, but not savage."
The Irish strategy was a simple one. Roche would shepherd Kelly throughout the day in the hope that the Italian team would control the race for their fastest finisher, Giuseppe Saronni. That, by and large, was how it panned out. The one deviation from the script came in the final kilometre, when Jock Boyer's late attack was surprisingly shut down by his fellow American Greg LeMond. It made little material difference to the outcome, however, as Saronni ripped clear on the final rise to the finish to claim victory with a sprint that would be immortalised back home as La fucilata di Goodwood – 'The gunshot of Goodwood'. Kelly scarcely had the energy to return fire, and placed third, behind LeMond, who had used all his ammunition in the pursuit of Boyer.

Like Saronni, Kelly's Goodwood exploits would also live on in his home country. That winter, a square in Carrick-on-Suir was renamed in his honour on the back of the medal, Ireland's first since Shay Elliott's contentious silver in Salò 20 years previously. "If I could cut the medal in half, Stephen would get half," Kelly said afterwards. After a trying sophomore year at Peugeot, Roche appreciated the sentiment.



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